quarta-feira, 10 de agosto de 2022

La petite Fadette – George Sand

Editora: Clube de Literatura Clássica

ISBN: 978-65-87036-22-9

Opinião: ★★★★☆

Páginas: 360

Sinopse: Nesta história, que se passa no interior da França, somos apresentados a Landry e Sylvinet, gêmeos idênticos na aparência e opostos no temperamento. A relação dos irmãos, até então inseparáveis, é abalada pela chegada de Fadette, menina pobre e desprezada que se apaixona por Landry e causa ciúmes em Sylvinet.



Pour les hommes d’action qui s’occupent personnellement du fait politique, il y a, dans tout parti, dans toute situation, une fièvre d’espoir ou d’angoisse, une colère ou une joie, l’enivrement du triomphe ou l’indignation de la défaite. Mais pour le pauvre poète, comme pour la femme oisive, qui contemplent les événements sans y trouver un intérêt direct et personnel, quel que soit le résultat de la lutte, il y a l’horreur profonde du sang versé de part et d’autre, et une sorte de désespoir à la vue de cette haine, de ces injures, de ces menaces, de ces calomnies qui montent vers le ciel comme un impur holocauste, à la suite des convulsions sociales.

Dans ces moments-là, un génie orageux et puissant comme celui du Dante, écrit avec ses larmes, avec sa bile, avec ses nerfs, un poème terrible, un drame tout plein de tortures et de gémissements. Il faut être trempé comme cette âme de fer et de feu, pour arrêter son imagination sur les horreurs d’un enfer symbolique, quand on a sous les yeux le douloureux purgatoire de la désolation sur la terre. De nos jours, plus faible et plus sensible, l’artiste, qui n’est que le reflet et l’écho d’une génération assez semblable à lui éprouve le besoin impérieux de détourner la vue et de distraire l’imagination, en se reportant vers un idéal de calme, d’innocence et de rêverie. C’est son infirmité qui le fait agir ainsi, mais il n’en doit point rougir, car c’est aussi son devoir. Dans les temps où le mal vient de ce que les hommes se méconnaissent et se détestent, la mission de l’artiste est de célébrer la douceur, la confiance, l’amitié, et de rappeler ainsi aux hommes endurcis ou découragés, que les mœurs pures, les sentiments tendres et l’équité primitive, sont ou peuvent être encore de ce monde. Les allusions directes aux malheurs présents, l’appel aux passions qui fermentent, ce n’est point là le chemin du salut: mieux vaut une douce chanson, un son de pipeau rustique, un conte pour endormir les petits enfants sans frayeur et sans souffrance, que le spectacle des maux réels renforcés et rembrunis encore par les couleurs de la fiction.”

 

 

“La nature n’a pas changé, reprit mon ami: la nuit est toujours pure, les étoiles brillent toujours, le thym sauvage sent toujours bon.

– Mais les hommes ont empiré, et nous comme les autres. Les bons sont devenus faibles, les faibles poltrons, les poltrons lâches, les généreux téméraires, les sceptiques pervers, les égoïstes féroces.

– Et nous, dit-il, qu’étions-nous, et que sommes-nous devenus?

– Nous étions tristes, nous sommes devenus malheureux, lui répondis-je.

Il me blâma de mon découragement et voulut me prouver que les révolutions ne sont point des lits de roses. Je le savais bien et ne m’en souciais guère, quant à moi; mais il voulut aussi me prouver que l’école du malheur était bonne et développait des forces que le calme finit par engourdir. Je n’étais point de son avis dans ce moment-là; je ne pouvais pas si aisément prendre mon parti sur les mauvais instincts, les mauvaises passions, et les mauvaises actions que les révolutions font remonter à la surface.

– Un peu de gêne et de surcroît de travail peut être fort salutaire aux gens de notre condition, lui disais-je, mais un surcroît de misère, c’est la mort du pauvre. Et puis, mettons de côté la souffrance matérielle: il y a dans l’humanité, à l’heure qu’il est, une souffrance morale qui ne peut rien amener de bon. Le méchant souffre, et la souffrance du méchant, c’est la rage; le juste souffre, et la souffrance du juste, c’est le martyre auquel peu d’hommes survivent.

– Tu perds donc la foi? me demanda mon ami scandalisé.

– C’est le moment de ma vie, au contraire, lui dis-je, où j’ai eu le plus de foi à l’avenir des idées, à la bonté de Dieu, aux destinées de la révolution. Mais la foi compte par siècles, et l’idée embrasse le temps et l’espace, sans tenir compte des jours et des heures; et nous, pauvres humains, nous comptons les instants de notre rapide passage, et nous en savourons la joie ou l’amertume sans pouvoir nous défendre de vivre par le cœur et par la pensée avec nos contemporains. Quand ils s’égarent, nous sommes troublés; quand ils se perdent, nous désespérons; quand ils souffrent, nous ne pouvons être tranquilles et heureux. La nuit est belle, dis-tu, et les étoiles brillent. Sans doute, et cette sérénité des cieux et de la terre est l’image de l’impérissable vérité dont les hommes ne peuvent tarir ni troubler la source divine. Mais, tandis que nous contemplons l’éther et les astres, tandis que nous respirons le parfum des plantes sauvages et que la nature chante autour de nous son éternelle idylle, on étouffe, on languit, on pleure, on râle, on expire dans les mansardes et dans les cachots. Jamais la race humaine n’a fait entendre une plainte plus sourde, plus rauque et plus menaçante. Tout cela passera et l’avenir est à nous, je le sais; mais le présent nous décime. Dieu règne toujours; mais, à cette heure, il ne gouverne pas.

– Fais un effort pour sortir de cet abattement, me dit mon ami. Songe à ton art et tâche de retrouver quelque charme pour toi-même dans les loisirs qu’il t’impose.

– L’art est comme la nature, lui dis-je: il est toujours beau. Il est comme Dieu, qui est toujours bon, mais il est des temps où il se contente d’exister à l’état d’abstraction, sauf à se manifester plus tard quand ses adeptes en seront dignes. Son souffle ranimera alors les lyres longtemps muettes; mais pourra-t-il faire vibrer celles qui se seront brisées dans la tempête? L’art est aujourd’hui en travail de décomposition pour une éclosion nouvelle. Il est comme toutes les choses humaines, en temps de révolution, comme les plantes qui meurent en hiver pour renaître au printemps. Mais le mauvais temps fait périr beaucoup de germes. Qu’importent dans la nature quelques fleurs ou quelques fruits de moins? Qu’importent dans l’humanité quelques voix éteintes, quelques cœurs glacés par la douleur ou par la mort? Non, l’art ne saurait me consoler de ce que souffrent aujourd’hui sur la terre la justice et la vérité. L’art vivra bien sans nous. Superbe et immortel comme la poésie, comme la nature, il sourira toujours sur nos ruines. Nous qui traversons ces jours néfastes, avant d’être artistes, tâchons d’être hommes; nous avons bien autre chose à déplorer que le silence des muses.”

 

 

Il est bien vrai qu’il était le plus sensible des deux, soit qu’il eût le tempérament moins fort, soit que Dieu, dans sa loi de nature, ait écrit que de deux personnes qui s’aiment, soit d’amour, soit d’amitié, il y en a toujours une qui doit donner son cœur plus que l’autre.”

 

 

Jamais dans la justice quand on se laisse manger le cœur par la jalousie.”

 

 

“La campagne, on n’est jamais savant sans être quelque peu sorcier.”

 

 

“Il y en a comme ça qui sont trop heureux, et qui ne connaissent point leurs avantages.”

 

 

“Ses parents lui ont appris à être ingrat, Landry, et c’est le plus vilain défaut pour un homme après celui d’être peureux.”

 

 

“N’y a rien de si sot que de montrer sa peine aux autres.”

 

 

“Les femmes ont le cœur fait en cette mode, qu’un jeune gars commence à leur paraître un homme sitôt qu’elles le voient estimé et choyé par d’autres femmes.”

 

 

“L’amour n’attend guère, et quand une fois il s’est mis dans le sang de deux jeunesses, c’est miracle s’il attend l’approbation d’autrui.”

 

 

“Le bon Dieu n’abandonne que ceux qui s’abandonnent eux-mêmes, et celui qui a le courage de renfermer sa peine est plus fort contre elle que celui qui s’en plaint.”

 

 

“Le dépit chez les femmes dure plus que le regret.”

 

 

“Le monde est fait comme cela que quand deux ou trois personnes se mettent après une autre, toutes s’en mêlent, lui jettent la pierre et lui font une mauvaise réputation sans trop savoir pourquoi; et comme si c’était pour le plaisir d’écraser qui ne peut se défendre.”

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